958

Dans ce déluge de chiffres de calculs de mesures
Du peu de poids de l’homme astreint aux termes du négoce
La moindre phrase gratuite m’émeut comme un miracle

11 réponses à “958”

  1. Niouk a écrit:

    Il faut avouer que ces phrases se font de plus en plus rares… pauvre société.

  2. Loic M a écrit:

    Nous sommes entrés dans l’âge
    De l’évacuation de l’humain
    C’est à dire de l’incalculable…
    La société, divinisée depuis longtemps
    À ces fins mêmes, n’y est pas pour rien.

  3. Niouk a écrit:

    Aurions nous donc peur de l’Homme?
    Peur de ce que nous sommes?

  4. gab a écrit:

    Justement je crois que l’humain ne se laissera pas si facilement évacuer… Il risque d’y avoir quelques mouvements, soubresauts, guerres et révolutions pittoresques… à suivre, avec quelque détachement !

  5. Loic M a écrit:

    Toutes les agitations dont tu parles auront lieu, mais loin de l’enrayer, ils seront les symptômes aggravés de l’évacuation en cours; ils le sont déjà.
    Pourquoi? Parce que si cette évacuation de l’humain se produit à une telle échelle, à notre époque, c’est précisément parce qu’elle est l’expression même de ce que, inconsciemment ou non, les hommes désirent. Pulsion de mort générale. Dévotion généralisée envers la Science, la Technologie, l’Écologie, la Planète, la Société, etc… Religion absolue et imparable de tous les noms de la Mort.
    Religion beaucoup moins visible et hystérique que les fondamentalismes et autres terrorismes, mais provenant du même foyer mortifère: la haine de l’humain (souvent déguisée en “amour des autres”), c’est à dire la haine du fait que l’humain est un corps par essence erroné (c’est sa beauté), parasité dès l’origine par le langage.
    L’évacuation de l’humain en cours, c’est la forme moderne et planétaire de la haine immémoriale des hommes envers l’irréductible, l’inassimilable, l’incalculable, l’indénombrable en eux.
    Haine généralisée de cette langue pensante en nous: haine sempiternelle de la poésie.
    Tu le vois, je suis très optimiste… Mais, comme dit un ami (digne parfois de Desproges), en 1942, les optimistes étaient dans les camps, les pessimistes en Amérique…

  6. gab a écrit:

    À lire : les récits du sous-sol, de Dostoïeski, editions Babel. Une nouvelle, en fait.
    Je ne me fais pas les mêmes soucis que toi. L’idée de l’apocalypse, développée par René Girard dans son dernier livre, me comble de joie. Elle m’est une délivrance. Nous sommes en haut de toutes les courbes. Le désordre est omniprésent. Est-il naturel, est il humain ? Quelle est l’originie des catastrophes à venir ? Nul ne le sait, et c’est cela l’apocalypse !
    Je pense que l’Amérique qui pourrait nous offrir refuge s’appelle Lucidité, Vérité, désillusion.
    Les scientifiques qui concoctent les cauchemars à venir sont déjà en retard.
    Pour moi j’écoute le silence, le silence du désir. Euh, c’est un peu obscur ce que je raconte, mais je le comprends ! À suivre, et joyeuses et sollersiennes salutations !

  7. gab a écrit:

    je ME comprends, voulé-je dire !

  8. Loic M a écrit:

    Tu dis “Je pense que l’Amérique qui pourrait nous offrir refuge s’appelle Lucidité, Vérité, désillusion.” Je suis d’accord avec ça.
    Et tu ajoutes: “J’écoute le silence, le silence du désir.” C’est pas mal non plus.
    Ah, si seulement tous ces humains malades d’eux-mêmes cessaient de se venger du Temps et de vouloir remplir leur petit trou avec leur petite bite, si seulement ils cessaient de nous pourrir la vie, celle-ci serait un enchantement permanent. René Girard appelle notre époque l’apocalypse? Bon. Pourquoi pas. Ça y ressemble beaucoup.
    Mais réjouissons-nous, nous devenons plus lucides, perspicaces, désespérés. Bientôt notre désir parlera de vive voix.

  9. YM a écrit:

    Époque apocalyptique ?

    1- Pour simplifier, et comme le suggère Loïc, nous appellerons “poésie” ce qu’il y a dans l’humanité d’irréductible au calculable, au mesurable, au négociable. Donc, s’il est vrai que le mépris, le rejet, la haine du poétique sont constitutifs de l’humain, c’est nécessairement parce que le poétique est lui-même constitutif de l’humain : c’est-à-dire inévacuable.
    C’est du moins ce que disait mon pote Kader, qui en concluait ceci : ce qui arrive actuellement est la faillite d’une civilisation parmi d’autres et n’est pas plus grave, à l’échelle de l’humanité, que la chute de l’empire romain.
    Mais l’optimisme relatif de cette conclusion s’explique peut-être seulement par le fait que Kader, le premier de sa lignée à naître en France et à ne pas être obligé de travailler de ses mains, se voit lui-même comme un barbare, un ostrogoth entré au service de Rome, ou un bédouin au service de Bagdad, qui se plaît à commenter la décadence du vieil empire, persuadé que l’avenir lui appartient.

    2- Depuis qu’il s’était mis en tête de plaire à la belle Emilie, plantureuse fonctionnaire de l’éducation nationale, professeur de lettres dans un lycée de notre ville, mon pote Kader se piquait de culture classique et d’étymologie.
    Lors d’une soirée où l’on discutait de la fin de l’humanisme, quelqu’un, citant René Girard, avait parlé de notre époque catastrophique comme d’une apocalypse. Moi, je n’avais pas lu René Girard, alors je n’ai rien dit. Mais Kader, qui ne l’avait pas lu non plus, a fait remarquer que le mot “apocalypse”, en grec, c’est le dévoilement, la révélation. La lucidité, donc : l’éblouissement, et la désillusion. Non pas la catastrophe : mais la poésie de notre époque.
    Je ne suis pas sûr d’avoir compris. D’ailleurs, l’optimisme relatif de son commentaire s’explique peut-être seulement par le fait que la belle Emilie était présente, et qu’il était prêt à dire n’importe quoi pour se faire remarquer d’elle.

    3- Merci, Loïc, de nous faire signe.

  10. gab a écrit:

    “…la belle Emilie était présente, et il était prêt à dire n’importe quoi pour se faire remarquer d’elle.”
    Eh oui, tout est là !
    Content de trouver une référence à René Girard, que j’ai lu (son premier livre : mensonge romantique, vérité romanesque, et son dernier : achever Clausewitz), mais promis, je ne vous embête pas trop avec ça ! Pour moi il s’agit d’une révélation (R.G), mais voilà, sortons de la compétition, de la prescription ou de l’interdiction de l’objet du désir…
    Beau message, belle histoire, de YM en tout cas !

  11. Loïc M a écrit:

    Merci à toi, YM, pour ce commentaire en deux points lumineux, cette histoire double au personnage élégamment contradictoire; belle et drôle, elle me laisse étrangement joyeux, ce soir, quelques heures avant que je ne parte en voyage pour l’Écosse, terre dont l’histoire mêla seigneurie barbarie. Merci, aussi, pour le troisième point.

    Merci à toi, Gab, pour ce commentaire vif qui révèle encore à quel point ton désespoir n’a pour égal que ton enthousiasme!

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