Posté dans autoportraits le Jeudi 24 mai, 2007

je m’éveille je m’éveille et
le tumulte qu’on attend du jour
le tumulte et la hâte auxquels
l’apaisement nocturne du corps
devait me préparer sont déjà là
ils se sont déplacés dans mes rêves
avant d’enfiévrer ma pensée je
me retourne je vois la nuit dont
je m’extirpe elle paraît si calme
c’est une eau lisse n’eussé-je
à l’instant éprouvé ses rapides
je rêverais de m’y baigner je
m’avance vers elle je contemple
son étendue je sais que désormais
je n’aurai de cesse que j’atteigne
la forge immergée dans ses flots
et pour m’éclairer que j’empoigne
le feu qui s’y trame et m’éreinte

eau

Posté dans variations le Mercredi 7 février, 2007

midi minuit sont les deux faces d’une même pièce que d’une main
je lance et que de l’autre je rattrape rien ne les distingue mieux que
leur ressemblance leur égale position d’équilibre sur l’axe tournoyant
de mon corps qui s’avance bien trop vite sur le découpoir du jour
midi minuit sonnent et trébuchent dans ma paume d’une façon
presque semblable il se peut à minuit qu’une pendule m’engage
à partir de midi au décompte de mes pas à la revue de leur conduite
il se peut qu’à midi dans le chahut d’un bar l’angoisse me possède
ressurgie dans un mot du rêve de la nuit ce ne sont que vertiges
de la chronologie tendance au jugement aujourd’hui de la veille
dans minuit aucun nord et nul sud dans midi des deux mots pas un seul
qui soit plus rouge plus vif pas un de sa hauteur qui puisse toiser l’autre
ils sont les deux visages du même homme dans la glace si j’avance
c’est sur la route de ces deux ombilics équivoques depuis toujours
ils reviennent ponctuer ma phrase minuit midi sont les deux battants
de la porte par où je suis entré dans par où je sortirai de la nuit et du jour

Posté dans poèmes le Vendredi 7 octobre, 2005

exaspéré par des inquiétudes son corps tout le jour
s’est rappelé à elle maintenant ses bras ses jambes
son torse adoptant la position du fœtus elle dort
profondément seuls quelques mouvements brusques
témoignent de l’agitation de ses rêves parfois elle tend
le cou soumise semble-t-il à quelque tension oppressante
parfois paisible elle remue doucement les lèvres murmurant
d’inaudibles paroles

cou

hésitant entre l’abandon pur et simple au ravissement qu’elle
m’inspire et la fiévreuse vigilance l’attention soutenue à
chaque variation de ses membres anxieux de discerner un
message que le jour toujours lui dissimule m’éloignant
m’approchant je la regarde je touche sa main ses hanches
son ventre doucement

anxieux

aujourd’hui dans la nuit le compteur de nos veines dépassa
quarante ans je sais que chaque geste a toujours compté je
sais que chaque geste compte aujourd’hui j’entendis pour
la cinquième fois à la radio une voix mentionner le nombre
des humains morts du jour aujourd’hui je me suis souvenu
d’un jour ancien de mars à la une des journaux l’Europe était
en guerre les avions de l’OTAN bombardaient la Serbie je
traversais alors les larges et paisibles jardins de l’observatoire
de Greenwich je me trouvais à deux cent mètres à peine du
méridien zéro je m’émouvais du bleu du ciel je m’étonnais
de la douceur de l’air

radio

nous sommes deux elle dort près de moi dans la chambre
je sais que chaque geste fait s’avancer mon âme chaque
geste chaque élan temporel de mon corps vers elle
est primordial

âme

Posté dans autoportraits le Vendredi 23 septembre, 2005

Tout me parle du temps impassible invisible
Tout m’intime d’écrire à propos de ce temps
Intensif qui charrie les phrases les silences
Corrosifs dont je suis l’insolite incidence
Mais tenant longuement dans mes mains cette page
Je ne vois que motifs impérieux de ne pas
Mot à mot reproduire ici ma corrosion
Seule peut-être enfin l’idée que le silence
Est plus caustique que l’inexacte enfilade
Des mots me détermine à produire une phrase

corrosion

Ambitieux de ne pas réassortir pour l’heure
Mes souvenirs si faux mes phrases familières
Dont le maillage obscur fait que le temps se fige
Je laisse du présent les paroles possibles
Malgré cette réserve et cette certitude
Que le mensonge englue leurs ailes désirables
Se disputer l’envol de ma main et le geste
D’écrire se refait sous mes yeux incrédules
Un homme à ce moment traverse l’esplanade
Comme le temps qui passe et comme le désir

maillage

Posté dans événements le Samedi 23 juillet, 2005

Je n’étais venu qu’une seule fois parcourir les allées de ce grand labyrinthe
Semé de tombes étonnantes c’était au tout début de l’année c’était l’hiver
Et la mort même calme en son omniprésence engourdissait mon corps
Aujourd’hui samedi chaleureux de juillet la différence est grande
Les somptueux bâtiments mortuaires du long quartier des généraux
Me font plutôt sourire et n’était le silence de mise dans ce lieu
Très volontiers je sifflerais hélas bientôt les généraux s’estompent
Et trouvant par hasard une allée principale nous pénétrons la zone
Des monuments aux morts victimes des nazis près de la tombe simple
De Paul Eluard en lettres d’or un de ses vers s’inscrit sur le marbre dédié
À plusieurs résistants déportés communistes plus loin ornant pour mémoire
La lourde pierre tombale d’autres résistants morts deux quatrains d’Aragon
Extraits de l’Affiche Rouge saisissent le regard je n’ai pas le temps de penser
Que je les sais par coeur je lève les yeux et l’horreur immédiatement me fige
Une statue commémorative me fait face elle représente un homme tendu
Un homme voûté décharné à l’extrême et dont le cri scellé inaudible
Déchire pourtant sans fin le ciel bleu de l’été c’est ma femme elle seule
Qui parvient sans doute beaucoup plus tard à m’attirer hors du silence
Rompant ma station statuaire saisissant doucement mon bras
Elle m’entraîne plus loin nous passons devant Eluard nous nous approchons
D’un banc cerné d’oiseaux entouré d’arbres verts et au moment précis
Où nous nous asseyons tout près de nous face à la tombe d’Edith Piaf
Une jeune fille joue plusieurs fois sur une flûte la mélodie d’une chanson