Archive for the 'autoportraits' Category

Posté dans autoportraits le Jeudi 24 mai, 2007

je m’éveille je m’éveille et
le tumulte qu’on attend du jour
le tumulte et la hâte auxquels
l’apaisement nocturne du corps
devait me préparer sont déjà là
ils se sont déplacés dans mes rêves
avant d’enfiévrer ma pensée je
me retourne je vois la nuit dont
je m’extirpe elle paraît si calme
c’est une eau lisse n’eussé-je
à l’instant éprouvé ses rapides
je rêverais de m’y baigner je
m’avance vers elle je contemple
son étendue je sais que désormais
je n’aurai de cesse que j’atteigne
la forge immergée dans ses flots
et pour m’éclairer que j’empoigne
le feu qui s’y trame et m’éreinte

eau

Posté dans autoportraits le Vendredi 23 septembre, 2005

Tout me parle du temps impassible invisible
Tout m’intime d’écrire à propos de ce temps
Intensif qui charrie les phrases les silences
Corrosifs dont je suis l’insolite incidence
Mais tenant longuement dans mes mains cette page
Je ne vois que motifs impérieux de ne pas
Mot à mot reproduire ici ma corrosion
Seule peut-être enfin l’idée que le silence
Est plus caustique que l’inexacte enfilade
Des mots me détermine à produire une phrase

corrosion

Ambitieux de ne pas réassortir pour l’heure
Mes souvenirs si faux mes phrases familières
Dont le maillage obscur fait que le temps se fige
Je laisse du présent les paroles possibles
Malgré cette réserve et cette certitude
Que le mensonge englue leurs ailes désirables
Se disputer l’envol de ma main et le geste
D’écrire se refait sous mes yeux incrédules
Un homme à ce moment traverse l’esplanade
Comme le temps qui passe et comme le désir

maillage

Posté dans autoportraits le Mercredi 13 juillet, 2005

Une photographie noire et blanche que je pris à Florence
Se trouve sur le mur juste au-dessus d’une cheminée inutilisable
Elle représente une place bordée d’arbres avec en son centre
Une fontaine dont le jet d’eau central dirigé vers le ciel
Retombe continûment sur une petite vasque le soleil éclaire
À cet endroit le bouillonnement de l’eau qui déborde
Rejoint aussitôt une vasque plus grande et tombe enfin
Comme un rideau très clair dans le large bassin de la fontaine
Deux personnes devancent ce bassin une petite fille à droite
Et à gauche l’homme qu’elle regarde attentivement il est debout
Légèrement incliné vers la fontaine son pied droit ne touche pas le sol
Et sa main droite invisible est entièrement plongée dans l’eau fraîche

vasque

Derrière la fontaine dominant ces deux personnages le soleil
Éclaire encore la silhouette statufiée d’un homme dont le visage
Et la poitrine invisibles font infiniment face aux très hautes façades
Qui sans l’obstruer bordent l’horizon de la place ce sont de hautes bâtisses
Dont presque tous les volets sont clos l’une d’entre elles avec ses hautes
Et nombreuses fenêtres à l’italienne dont les sommets en demi-cercles
Donnent l’impression majestueuse et légère d’une multitude de portes
Occupe sans effort tout le fond de la scène captivant d’emblée le regard
Cette maison multiple dont le toit semble s’évaporer à la faveur étrange
D’une brume d’été n’a en fait dans l’image qu’une seule vraie rivale
Un unique contrepoint à la séduction de son apparente harmonie
Un seul autre élément capable de ravir comme elle le regard

fenêtres

C’est au tout premier plan à droite assise sur un banc de pierre
Dont le gris se distingue à peine de celui des pavés une femme
Une italienne brune dont les jambes sont croisées sous les plis
D’une longue jupe blanche dont le bras coude plié sur la cuisse
Élève jusqu’à la joue une main qui l’effleure et dont les yeux foncés
Désignent le hors champ du spectateur absent elle porte un chemisier
Blanc lui aussi et il apparaît clair que toute sa personne
Témoigne dans l’image de l’ardeur du soleil de l’impression diffuse
Que l’ensemble transmet impression de chaleur et de fraîcheur mêlées
Impression d’équilibre et malgré l’équilibre impression impérieuse
Du moment singulier de la saison d’été

jupe

Lorsque j’écris quelle que soit l’heure du jour cette photographie
Noire et blanche se trouve dans mon dos et il advient toujours
À ce moment que mon corps s’interrompant soudain dans le geste
D’écrire se retourne fasse face à l’image et soit complètement saisi
Par sa présence par la façon sereine dont tous ses éléments
Dans l’immédiat convergent en un seul sentiment il advient toujours
Qu’à ce moment précis le désir le saisisse de produire à son tour
Ce qui là sur le mur fut saisi par hasard cette chaleur tangible
Cette réalité dont l’émotion s’impose et dont pourtant reste invisible
L’harmonie de la composition

corps

Posté dans autoportraits le Dimanche 20 mars, 2005

Du printemps j’aime la possibilité pour les choses
De s’affirmer dans leur couleur unique
J’aime que l’herbe soit verte à nouveau que le ciel
Soit bleu et le soleil selon l’heure du jour
Jaune orange ou bien rouge c’est une saison enfantine
Saison de découvertes élémentaires et de reconnaissance

bleu

La nuit dernière m’éveillant avant l’aube je retrouvai
Le noir complet je retrouvai le sentiment fugace
D’être aveugle et ne fut rassuré qu’au matin qu’au retour
D’une lumière assez tonitruante pour me rendre le lit
La table et la fenêtre les distinguer sur la toile ensommeillée
De ma rétine me rendre leurs couleurs leurs formes singulières

aveugle

Il était sept heures trente nous étions le vingt mars mon
Amoureuse dormait encore je regardai sa peau blanche
Ses cheveux blonds s’affirmer dans le jour je me levai
Sortis doucement de la chambre j’allumai une cigarette
Pour mieux sentir le temps s’écouler dans mes veines et
Soudain je pensai à un autre fumeur je pensai à la phrase
De cet ambassadeur de soixante printemps qui au cœur
D’un gros livre s’étant lui-même baptisé homme au désir
D’amour lointain et se tenant pourtant tout près de la reine
Du petit pays de ses rêves tenant dans ses mains serrées
La longue natte brune de cette reine écrivit je ne lâcherais pas
Cette chevelure épaisse, lourde, cette mousse noire,
Cette chevelure pour toutes les cigarettes de ma vie

reine

Posté dans autoportraits le Lundi 7 mars, 2005

Le défaut de sommeil est une chose étrange.
L’épuisement que laisse à l’esprit la fin des hostilités du jour.
La fin de la parfaite vulgarité de nos stridulations contre rétribution.
La fin de la parfaite imbécillité de nos prétentions, nos préventions.
L’épuisement que laisse aux jointures du corps l’immense déprédation.
L’immense déprédation de nos gestes avec leur thésauriseuse dispensation.
L’épuisement que laisse à l’esprit la fin des hostilités du jour.
Le défaut de sommeil est une chose étrange.

jointures