Archive for the 'poèmes' Category

Posté dans poèmes le Vendredi 7 octobre, 2005

exaspéré par des inquiétudes son corps tout le jour
s’est rappelé à elle maintenant ses bras ses jambes
son torse adoptant la position du fœtus elle dort
profondément seuls quelques mouvements brusques
témoignent de l’agitation de ses rêves parfois elle tend
le cou soumise semble-t-il à quelque tension oppressante
parfois paisible elle remue doucement les lèvres murmurant
d’inaudibles paroles

cou

hésitant entre l’abandon pur et simple au ravissement qu’elle
m’inspire et la fiévreuse vigilance l’attention soutenue à
chaque variation de ses membres anxieux de discerner un
message que le jour toujours lui dissimule m’éloignant
m’approchant je la regarde je touche sa main ses hanches
son ventre doucement

anxieux

aujourd’hui dans la nuit le compteur de nos veines dépassa
quarante ans je sais que chaque geste a toujours compté je
sais que chaque geste compte aujourd’hui j’entendis pour
la cinquième fois à la radio une voix mentionner le nombre
des humains morts du jour aujourd’hui je me suis souvenu
d’un jour ancien de mars à la une des journaux l’Europe était
en guerre les avions de l’OTAN bombardaient la Serbie je
traversais alors les larges et paisibles jardins de l’observatoire
de Greenwich je me trouvais à deux cent mètres à peine du
méridien zéro je m’émouvais du bleu du ciel je m’étonnais
de la douceur de l’air

radio

nous sommes deux elle dort près de moi dans la chambre
je sais que chaque geste fait s’avancer mon âme chaque
geste chaque élan temporel de mon corps vers elle
est primordial

âme

Posté dans poèmes le Mardi 7 juin, 2005

Le poème commence, recommence n’importe où ; la photographie floue
sur le mur familier, le visage soudain net dans la rue des passants, la main
dont le vieux geste un instant nous émeut, tout peut déclencher la phrase.
On se servira de la vitesse qu’on eut, au petit matin, traversant l’esplanade.
L’aquarelle d’un ami, figurant scène champêtre, on en retrouvera l’espace.
On ouvrira la page au rythme qu’une femme, au musée, transmit au coeur.
En route le poème passe outre à la vision qui mit le feu aux verbes, l’image
de rencontre cède la place au vers qui s’avance, enjambe césures, obstacles.
De l’image imprévue qui démarra les mots, on ne gardera que coïncidence.
Le poème est égal à son déroulement; c’est sa beauté, c’est là l’événement.

Posté dans poèmes le Samedi 23 avril, 2005

voyageur d’abord naïf Ulysse non rusé j’ai voyagé
longtemps seul heurtant sur mon passage des
femmes que je crus accordées parfois pour longtemps
à l’unique vibrato de mon coeur que j’emportais
partout je devins non pas divinatoire mais plus prompt
plus vif à connaître que je m’étais trompé qu’elles me
tromperaient le rythme singulier du sang dans leurs veines
qui produit dans leur corps le bonheur la vitesse de vivre
à l’allure voulue vitesse enfin tenue n’était pas accordé
dans le temps à mon rythme ma cadence à l’unique
vibrato de mon coeur que j’emporte partout il fallut que
tu viennes que traversant ma vie tu me dises je veux
m’arrêter là puis de là repartir pour que je sache enfin
dans le commencement le mouvement de notre
accord majeur pour que je touche du doigt pour la
première fois mon coeur et sente chaque jour près de toi
sa vibration joyeuse son désir véritable entendu enfin
d’assez près voyageur non plus seul mais suivant
le doux fil de ta vie qu’il veut sienne voyageur
émerveillé de vivre chaque jour pour la première fois
le seul et vrai voyage à ses yeux désirable je dis je
t’aime sans terreur découvrant dans cette phrase mon
histoire qui commence par toi tu enchantes mon passé tu
lui donnes son sens tu déploies le réel le présent comme
un drap où s’étendre rouler et s’embrasser je dis je
t’aime mon amour tu es plus belle que le ciel et la terre tu
es plus belle que tous les mondes où je vécus nous
sommes deux nous sommes deux accordés enfin
à nous-mêmes la seule distance est celle de nos absences
défuntes celle que notre amour notre coeur
dans sa promenade abolit nous avançons
enlacés dans le temps et toujours c’est le nôtre

Posté dans poèmes le Samedi 9 avril, 2005

Vertige de la non répétition des dates des évènements malgré
la répétition des actes c’est je suppose le soir je vois au fond du
cendrier quelques pensées dissipées quelques vagues retombées
quelques morceaux épars de rayons de soleil il me semble que
depuis toujours à cette heure je prends mon corps dans mes
mains le précipite le jette au devant d’une page sur laquelle il
ne saurait s’agir que du temps

Intensification volontaire du temps dont je dispose pour
écrire avant d’être à mon tour cendres du soir cendres
éparpillées dans le creux d’un pot de porcelaine la raison je
suppose de tant de cigarettes je vois passer nombreux les
occupants de fiacres voitures chevaux fous tous furent
soumis au même équarrissage tous visages dissemblables que
revêt la fatigue il me semble que depuis toujours à cette
heure je me trouve dans la même chambre étroite où
quelques meubles suffisent à l’encombrement maximal de
l’espace où celui-ci se gagne à proportion du nombre de
mots assemblés de leur vitesse

Accroissement volontaire du volume disponible par
l’entrebâillement par exemple de la porte de
l’armoire défi virtuel au huis clos qu’elle inspire une
femme nue peut-être y demeure en catimini je
vois au-dessus de la cheminée inutilisable dans la
glace mon visage il conviendrait sans doute que je
m’y entraîne à rire y chausse les montures de
l’enthousiasme il me semble pourtant qu’à cette
heure depuis toujours il ne s’agit pour moi que
d’empêcher que le plancher ne craque empêcher le
passage des fantômes le surgissement des visiteurs le
surgissement de la peur

Dilatation volontaire de l’instant de cette durée infime que la
conscience saisit à tort comme un tout propension rassurante à
stopper son cours à s’éterniser la raison je suppose de tant de
verticales je vois mes mains pressant les touches du clavier il
s’agit de mes doigts de mes dents de sourcier d’avaler la
forêt qui pousse dans la chambre une fois consommé ce
festin colossal il me semble que je pourrai ne plus parler que
du bout des ongles acceptant sans terreur la gravité des
pas ne plus parler qu’avec elle la reconnaissant à la
légèreté sereine de son poids

Ligne légère et sans retour d’un feu de brousse

Sillon nuageux d’un avion bientôt disparu du cadre

Posté dans poèmes le Samedi 12 mars, 2005

Nous sommes le douze mars mais pourquoi
mentionner la date, sachant bien que la loi
du calendrier n’est pour rien dans les mots
que le jour ou sa nuit fait surgir, gros
surtout des remous inconscients
que l’heure et le lieu, restaurant
d’anciens mots et moments, produisent
et dissipent, remplacés, électrolyse
continue des pensées que l’on va
pourtant, avec volonté, mettre en tas
puis trier, trouver la parabole
vertébrant ce flux, ce reflux de paroles,
ou bien peut-on les concentrer
dans un discours, un geste, filtrer
cette eau, scoriée nous semble-t-il,
et créer l’impression, au moins, de suivre un fil
subtil, soucieux des circonstances mais courant
au-delà, une ligne même courbe que même le silence
des actes peut tenir, par exemple à l’instant
s’asseoir, ouvrir le journal malgré l’incohérence
des faits, et s’aveuglant sur l’accident
dont sont pétries les pages, y voir la route
dont chaque jour, comme ce chiffre douze,
ne marque q’une simple, logique borne,
une seule et logique, parmi tant d’autres étapes
(et qu’importe après tout que celle-ci soit morne),
dont le doute et l’effroi, même s’ils nous en sapent
un bref instant l’image, l’identification,
ne doivent nous faire fuir l’immense procession.
Je suis encore là, assis tournant les pages
du journal, un autre numéro
peut paraître demain, je suis gros
du non-sens de celui-ci, et j’enrage
que les mots imprimés si nombreux qu’il comporte
n’enrayent ni de la peur, ni de la mort les portes.