Archive for the 'soliloques' Category

Posté dans soliloques le Mardi 31 mai, 2005

Le lundi vingt et un avril 1997 l’homme alors président
Des français élu par ces mêmes français l’homme
Répondant au prénom Jacques au nom Chirac
Prononça à la radio un bref discours pour que tous
Nous comprenions bien les raisons impérieuses
Qui venaient de le pousser à l’anticipation
Des élections législatives normalement prévues
L’année suivante il expliqua détachant bien les mots
Que l’assemblée qui venait d’être dissoute
Ne l’avait été que pour nous permettre de jouir
D’une majorité ressourcée nous préparer à l’Europe
Car l’Europe c’est la paix et enfin bien sûr
Parce qu’il faut nous unir et que bien sûr nous
Savons tous comme lui que l’union fait la force
Ce furent là ses propres termes et aussitôt
Qu’il se fut tu un journaliste prit la parole
Pour faire un commentaire ce journaliste fut présenté
Comme un spécialiste de l’analyse politique
Un homme rompu à l’art difficile de démêler sur le vif
Le lard et le cochon de la phrase politique
Réputée fort absconse il dit c’était donc la brève
Allocution du président de la république
Nous remarquons combien le président a insisté
Sur les raisons qui l’ont amené contre toute attente
À dissoudre l’assemblée comme un sucre le journaliste
Ne dit d’ailleurs pas comme un sucre
Il n’usa d’aucune comparaison il dit simplement
Le mot dissoudre suivi immédiatement
Du mot assemblée et il ajouta nous remarquons
Combien le président semble tenir
À cette idée d’une majorité ressourcée qui sera
Mieux à même de nous préparer au grand défi
De l’Europe et juste avant qu’un autre journaliste
Ne résumât son analyse pour l’auditoire
En proie sans doute à certaine confusion
Il conclut remarquant le goût toujours notable
Du président pour les petites phrases il rappella
L’insistance de ce dernier sur la notion de paix
Et la notion d’union l’autre journaliste prit alors
La parole pour insister sur ces notions

Posté dans soliloques le Mardi 5 avril, 2005

Cette soirée d’avril s’acheva dans les rires elle me
racontait des jeux d’enfants les mains repliées contre
sa poitrine elle parlait sans discontinuer ce geste que
j’avais reconnu depuis longtemps comme un des
mille attraits de sa personne lui-même la faisait
paraître enfantine la joie toujours étonne me
disais-je l’écoutant la joie survient dans un
geste dans la continuité d’un geste

geste

Elle s’endormit peu après elle s’endormit
rapidement comme toujours je m’approchai je
m’approchai doucement pour prendre en main le
livre qu’elle avait lâché Madame Bovary édition de
poche il faudrait bien un jour que je saisisse cet
instant où s’endormant le volume tombait sans
bruit sur les draps je le ramassais toujours éteignais
l’abat-jour embrassais sans un bruit cette femme adorée

poche

Je ne m’endormis pas je ne m’endormis pas mais
non plus ne songeai à maudire l’insomnie à me
rappeler l’exaspération de veilles anciennes veilles
continuelles où la pensée refusant sa pourtant normale
et quotidienne réclusion m’assaillait furieuse de
demeurer quand elle aurait voulu s’évanouir
m’assaillait une guerre somme toute une petite
guerre intime et nocturne de celles qui courent les
rues je n’étais pas ainsi ce soir-là je me levai écrivis
quelques lignes remontai dans la chambre et
lentement sans bruit contre elle me blottis

blottis

Posté dans soliloques le Jeudi 10 février, 2005

Je suis venu jusqu’ici dans le seul but de boire
Le dernier café noir d’une longue journée
La place est désertée les citadins ne font
Qu’y passer hâtivement nonobstant l’étendue
La splendeur l’équanimité du crépuscule
L’immuabilité ne semble plus de mise

passer

À ce moment du soir elle n’est qu’une idée
Dont je ne trouve plus nulle part la trace
Et mes membres durcis par la fatigue
Dont j’imaginais le contentement durable
À demeurer ici sur la paille tressée
D’une chaise de bar à baigner dans le jaune
Et l’orange nappant les formes des choses
Le jaune et l’orange tièdes et tendres
De la faible lumière mes membres s’exaspèrent
De leur courte station se redressent m’obligent
À marcher à nouveau à quitter le rectangle paisible
De la place et comme le messager arrivé à son but
Qu’on charge sans repos d’une nouvelle course
À envisager du soir gigantesque
Le territoire les frontières les routes praticables

marcher

Posté dans soliloques le Lundi 24 janvier, 2005

Lundi vingt-quatre janvier, Michel Leiris veut que son Age d’homme
Autobiographique soit, par tous ses lecteurs, envisagé sous l’angle
Du danger qu’il affronte en se mettant à nu, soit encorné par l’honnêteté,
Soit risque pris dans l’arène publique, soit, en un mot, tauromachique.
Le texte de préface à de si gros aveux est imprégné de ce désir.
Songeant à la valeur de mon poème dont, jour après jour, j’étends
Le mouvement, songeant que je recherche l’inconscience du sens,
La confiance en la phrase et ses métamorphoses, je feuillette ce texte
Et trouve, par hasard, la conclusion de l’homme. « Il resterait, néanmoins,
Cet engagement essentiel qu’on est en droit d’exiger de l’écrivain, celui
Qui découle de la nature même de son art : ne pas mésuser du langage
Et faire par conséquent en sorte que sa parole, de quelque manière
Qu’il s’y prenne pour la transcrire sur le papier, soit toujours vérité.
»

tauromachique

Je relis cette phrase et la relis encore comme pour me réveiller
À la littérature et soudain, quittant le cours fluvial que j’imprime
À mon vers, debout dans mon salon, je m’exclame: « Pourvu
Qu’aucun écueil de vérité tenace n’éventre de ma barque la coque
De bois frêle, pourvu que nul danger calculé par avance, et dont
Il conviendrait que j’attende l’épreuve, ne disperse le banc des
Poissons abondants qui, dans ma vie, bondissent, malgré la nuit,
D’une journée à l’autre; qu’ai-je à faire qu’épuiser, sans relâche,
Le problème de leur apparition, le problème vital de leur circulation ?
»

coque

Posté dans soliloques le Mardi 4 janvier, 2005

Je me dis
Parle-leur
De la vie
Donne-leur
Des nouvelles
Je me dis
Dans icelle
Que puiser
Qui excède
La tournée
De mon bled
Et les yeux
Sur les pans
Lumineux
De mon temps
Je rapproche
Au rappel
De cinoches
Ritournelles
Et tableaux
D’une expo
Les tisons
D’émotion
Que le temps
Déblaya
Comme autant
De gravats

gravats/solitaire

Je me dis
La vie coule
Dans tous les
Interstices
Du massif
Montagneux
Des semaines
Hasardeux
Est son cours
Et soudaine
Est toujours
Sa venue
Je me dis
Que la vie
Peut jaillir
Ici même
Au nadir
Du poème
Jaillir de
Ma croisière
Solitaire
Hivernale
Et mentale
Devant le
Moniteur
De mon or-
Dinateur.