Archive for the 'questions' Category

Posté dans questions le Lundi 16 mai, 2005

Matinée lumineuse ! Je coupe le moteur
De mon automobile. Alentour le silence
Survient; il emplit l’habitacle. Malgré l’heure
Qui grandit, je sors, fais quelques pas. La présence
Des couleurs, la vivacité du jaune aimantent
Mon corps. Je reconnais le lieu, c’est un champ vaste
De colza, rectangle jaune vif près duquel
Je passais autrefois, à vive allure. Aucun
Vent, aujourd’hui, ne bat l’alignement des fleurs.

corps

Debout, figé, je pense que ce paysage
Pourrait être celui de ce clair paradis
Dont on parle. Je pense aussi qu’au paradis
Il manquerait simplement le jaune; la mort
Dont je n’oublie jamais la possible rencontre
Au détour ordinaire du prochain virage,
La mort est pure et simple extinction des couleurs.
Quelques pas pour rallier l’automobile, un geste
Pour remettre les gaz. Comment pouvons-nous donc
Un jour perdre ce jaune ? Comment pouvons-nous
Commettre l’erreur incroyable de mourir ?

mort

Posté dans questions le Mardi 10 mai, 2005

Nous habitions alors la rue de Belleville
Notre demeure était la trente-neuvième côté pair
Un portail de bois rouge séparait notre cour
De la rue surchargée d’habitants de passants
Et d’hommes assis debouts devant les restaurants
Les bars les murs crasseux et dont l’attente étrange
Laissait de l’inquiétude et rassurait pourtant

rue

Trois maisons près la nôtre dans le sens de la pente
Une plaque commémorait le passage sur terre
D’une chanteuse célèbre c’est ici disait-elle
Que naquit Edith Piaf dans un grand dénuement
Et sa voix qui devait bouleverser le monde

plaque

Amusé par ces mots lorsque nous descendions
Vers le bar La Vieilleuse pour un café-croissant
Je demeurais pourtant occupé longuement
De l’idée de cette femme et je me souvenais
De son nom de baptême Giovanna Gassion
Je me demandais si la foule polythéiste
La foule de ce quartier si près du millénaire
Emporterait encore avec elle cet oiseau
Ce petit pseudonyme parisien argotique
Rapide et volatil autant que les paroles

femme

En face de notre table choisie pour la terrasse
Un homme aux yeux précis vendait des soutien-gorges
Passaient devant l’étal des centaines de femmes
Et d’hommes dont les visages étaient aussi divers
Que les tons de leurs robes et de leurs épidermes
Tous avaient des carrures cadences cordes vocales
Différentes selon l’âge la confession le sexe
Un seul moineau peut-il encore placer sa trille
Aux dénominateur et tremblement communs
De ces tympans multiples

tous

Posté dans questions le Mercredi 30 mars, 2005

L’impossibilité pour l’esprit dynamique
De mettre un point final (clôturer, conclure)
Au jour, dont on dit pourtant qu’il tombe
(comme on dirait que tombe, en bout de phrase, un point),
Est le seul fondement de l’écrit poétique;

traversé

Le poème (n’est-il pas parcouru, traversé de toutes parts)
Est le contraire exact de la circonscription
(les mots mêmes qu’aujourd’hui je prononce sur lui
appellent des milliers d’autres définitions
).

Posté dans questions le Jeudi 10 mars, 2005

Vingt-deux heures trente en ce mercredi j’ai dépêché longtemps
De très vagues besognes que cette heure m’appartienne que
Tout d’abord je m’y repose comme sur une pierre creuse
Quelques minutes et puis que j’y questionne que j’éclaircisse
Les nuages qui passent sous mon crâne ou plus simplement
Ce qui revient au même que j’interroge les objets disposés les
Objets disponibles sous mes yeux voici par exemple un exemplaire
Des Feuilles d’Herbe de Walt Whitman je le prends et je l’ouvre
En deux endroits une fois au commencement une fois à la fin

nuages

Et puis je lie du verbe lier ces deux extraits du grand herbier
Le premier je veux écrire le plus jubilatoire des poèmes et
Le deuxième image des tués gisant sur le dos bras largement
en croix j’en rêve j’en rêve
dans mon rêve entre les deux le chant
Le rythme d’un seul homme dois-je accorder de l’importance
Au fait que l’un crépusculaire démantèle le désir que lançait l’autre
Ou dois-je m’émerveiller que Whitman tînt longtemps tînt
Amplifiant sa phrase et le temps de sa vie tînt malgré son déclin
À bout de bras robuste sa voix son idéal son immense voeu de joie
Il est une heure trente je ne réponds pas à la question posée j’ouvre
Le livre en son milieu n’importe où là où sa chair palpite où circule son sang

chair

Posté dans questions le Dimanche 20 février, 2005

Pardonnerai-je à notre vie son unique promesse ?
La couleur du sommeil voguait sur tes grands yeux noirs ouverts
Tu respirais debout
Sur tes jambes oblongues de fraise éburnéenne
Dans l’équilibre écru d’un crépuscule ébouriffé
Pardonnerai-je à notre vie son unique promesse ?

crépuscule/fleuve

La finesse édénique avait marqué tes traits pour les siècles des siècles
Tu m’embrassais debout
Sur le fleuve du soir aux mains de sourd-muet
Dans le chuchotement de nos pas
Pardonnerai-je à notre vie son unique promesse ?
Un autobus s’enfuit dans la brume écarlate
La rue tremble attendant l’échafaud de la nuit