Posté dans autoportraits le Mercredi 13 juillet, 2005

Une photographie noire et blanche que je pris à Florence
Se trouve sur le mur juste au-dessus d’une cheminée inutilisable
Elle représente une place bordée d’arbres avec en son centre
Une fontaine dont le jet d’eau central dirigé vers le ciel
Retombe continûment sur une petite vasque le soleil éclaire
À cet endroit le bouillonnement de l’eau qui déborde
Rejoint aussitôt une vasque plus grande et tombe enfin
Comme un rideau très clair dans le large bassin de la fontaine
Deux personnes devancent ce bassin une petite fille à droite
Et à gauche l’homme qu’elle regarde attentivement il est debout
Légèrement incliné vers la fontaine son pied droit ne touche pas le sol
Et sa main droite invisible est entièrement plongée dans l’eau fraîche

vasque

Derrière la fontaine dominant ces deux personnages le soleil
Éclaire encore la silhouette statufiée d’un homme dont le visage
Et la poitrine invisibles font infiniment face aux très hautes façades
Qui sans l’obstruer bordent l’horizon de la place ce sont de hautes bâtisses
Dont presque tous les volets sont clos l’une d’entre elles avec ses hautes
Et nombreuses fenêtres à l’italienne dont les sommets en demi-cercles
Donnent l’impression majestueuse et légère d’une multitude de portes
Occupe sans effort tout le fond de la scène captivant d’emblée le regard
Cette maison multiple dont le toit semble s’évaporer à la faveur étrange
D’une brume d’été n’a en fait dans l’image qu’une seule vraie rivale
Un unique contrepoint à la séduction de son apparente harmonie
Un seul autre élément capable de ravir comme elle le regard

fenêtres

C’est au tout premier plan à droite assise sur un banc de pierre
Dont le gris se distingue à peine de celui des pavés une femme
Une italienne brune dont les jambes sont croisées sous les plis
D’une longue jupe blanche dont le bras coude plié sur la cuisse
Élève jusqu’à la joue une main qui l’effleure et dont les yeux foncés
Désignent le hors champ du spectateur absent elle porte un chemisier
Blanc lui aussi et il apparaît clair que toute sa personne
Témoigne dans l’image de l’ardeur du soleil de l’impression diffuse
Que l’ensemble transmet impression de chaleur et de fraîcheur mêlées
Impression d’équilibre et malgré l’équilibre impression impérieuse
Du moment singulier de la saison d’été

jupe

Lorsque j’écris quelle que soit l’heure du jour cette photographie
Noire et blanche se trouve dans mon dos et il advient toujours
À ce moment que mon corps s’interrompant soudain dans le geste
D’écrire se retourne fasse face à l’image et soit complètement saisi
Par sa présence par la façon sereine dont tous ses éléments
Dans l’immédiat convergent en un seul sentiment il advient toujours
Qu’à ce moment précis le désir le saisisse de produire à son tour
Ce qui là sur le mur fut saisi par hasard cette chaleur tangible
Cette réalité dont l’émotion s’impose et dont pourtant reste invisible
L’harmonie de la composition

corps

Posté dans poèmes le Mardi 7 juin, 2005

Le poème commence, recommence n’importe où ; la photographie floue
sur le mur familier, le visage soudain net dans la rue des passants, la main
dont le vieux geste un instant nous émeut, tout peut déclencher la phrase.
On se servira de la vitesse qu’on eut, au petit matin, traversant l’esplanade.
L’aquarelle d’un ami, figurant scène champêtre, on en retrouvera l’espace.
On ouvrira la page au rythme qu’une femme, au musée, transmit au coeur.
En route le poème passe outre à la vision qui mit le feu aux verbes, l’image
de rencontre cède la place au vers qui s’avance, enjambe césures, obstacles.
De l’image imprévue qui démarra les mots, on ne gardera que coïncidence.
Le poème est égal à son déroulement; c’est sa beauté, c’est là l’événement.

Posté dans soliloques le Mardi 31 mai, 2005

Le lundi vingt et un avril 1997 l’homme alors président
Des français élu par ces mêmes français l’homme
Répondant au prénom Jacques au nom Chirac
Prononça à la radio un bref discours pour que tous
Nous comprenions bien les raisons impérieuses
Qui venaient de le pousser à l’anticipation
Des élections législatives normalement prévues
L’année suivante il expliqua détachant bien les mots
Que l’assemblée qui venait d’être dissoute
Ne l’avait été que pour nous permettre de jouir
D’une majorité ressourcée nous préparer à l’Europe
Car l’Europe c’est la paix et enfin bien sûr
Parce qu’il faut nous unir et que bien sûr nous
Savons tous comme lui que l’union fait la force
Ce furent là ses propres termes et aussitôt
Qu’il se fut tu un journaliste prit la parole
Pour faire un commentaire ce journaliste fut présenté
Comme un spécialiste de l’analyse politique
Un homme rompu à l’art difficile de démêler sur le vif
Le lard et le cochon de la phrase politique
Réputée fort absconse il dit c’était donc la brève
Allocution du président de la république
Nous remarquons combien le président a insisté
Sur les raisons qui l’ont amené contre toute attente
À dissoudre l’assemblée comme un sucre le journaliste
Ne dit d’ailleurs pas comme un sucre
Il n’usa d’aucune comparaison il dit simplement
Le mot dissoudre suivi immédiatement
Du mot assemblée et il ajouta nous remarquons
Combien le président semble tenir
À cette idée d’une majorité ressourcée qui sera
Mieux à même de nous préparer au grand défi
De l’Europe et juste avant qu’un autre journaliste
Ne résumât son analyse pour l’auditoire
En proie sans doute à certaine confusion
Il conclut remarquant le goût toujours notable
Du président pour les petites phrases il rappella
L’insistance de ce dernier sur la notion de paix
Et la notion d’union l’autre journaliste prit alors
La parole pour insister sur ces notions

Posté dans variations le Dimanche 22 mai, 2005

Démontage d’étals en place du marché.
Armatures de fer, auvents rouges pliés.
Hommes rouges criant le prix maigre à cette heure
Des tomates, des fraises, des poivrons et des fleurs.
Hommes lèvres serrant cylindres de tabac.
Passantes mains crispées sur poignées de cabas.
Passantes mains rougies par l’afflux de leur sang.
Robes courtes de mai, tissu rouge puissant.

étals

Voitures au repos ceinturant le Beffroi.
Voitures tôle rouge aux moteurs laissés froids.
Et quittant le marché via ruelle attenante,
Hors-champ répercutant sa rumeur palpitante,
Piétons, piétons nombreux dont les pas, sur la place,
Forment calme chaos de gestes qui s’effacent.
La ville tout le jour était de taille humaine.
Ville munie d’un coeur et d’un réseau de veines.

piétons

Posté dans questions le Lundi 16 mai, 2005

Matinée lumineuse ! Je coupe le moteur
De mon automobile. Alentour le silence
Survient; il emplit l’habitacle. Malgré l’heure
Qui grandit, je sors, fais quelques pas. La présence
Des couleurs, la vivacité du jaune aimantent
Mon corps. Je reconnais le lieu, c’est un champ vaste
De colza, rectangle jaune vif près duquel
Je passais autrefois, à vive allure. Aucun
Vent, aujourd’hui, ne bat l’alignement des fleurs.

corps

Debout, figé, je pense que ce paysage
Pourrait être celui de ce clair paradis
Dont on parle. Je pense aussi qu’au paradis
Il manquerait simplement le jaune; la mort
Dont je n’oublie jamais la possible rencontre
Au détour ordinaire du prochain virage,
La mort est pure et simple extinction des couleurs.
Quelques pas pour rallier l’automobile, un geste
Pour remettre les gaz. Comment pouvons-nous donc
Un jour perdre ce jaune ? Comment pouvons-nous
Commettre l’erreur incroyable de mourir ?

mort